Les "Corydalis", vous connaissez ??
Des plantes autrefois communes sur les vieux murs de pierres. Elles appartiennent à la famille des Papavéracées. elles restent communes mais en Ile-de-France comme dans d'autres agglomérations importantes, elles ont tendance à se raréfier et deviennent moins facile à observer (comme leurs compagnes d'ailleurs, notamment quelques fougères). Et si vous êtes un amateur des pépinières et des jardins originaux, en vous renseignant sur ces plantes vous apprendrez qu'il est difficile des les transplanter et qu'elles sont désignées plutôt comme plantes spontanées : traduisez qu'elles aiment s'installer là où bon leur semble. Mais pourquoi ? Mais avant tout, je suis personnellement un amoureux inconditionnel des Papavéracées, à commencer par les superbes coquelicots (Papaver rhoeas) de nos campagnes, chaque colonie ayant des teintes différentes, du rose pâle au blanc pur. Je les aime pour leur légèreté, la grâce de leur port, la délicatesse de leurs teintes et de leurs coloris (songez au Meconopsis betonicifolia, le (mythique) pavot bleu de l'Himalaya !!! au centre jaune, parfois orangé ... et encore plus beau, ô combien rare quand ils s'agit du M. napaulensis !). Si vous ne le connaissez pas, voici une image de M. betonicifolia en région parisienne en 1997, avec trois stades floraux sur le même pied.

Il existe aussi dans cette famille le Meconopsis cambrica, inféodé aux pays nordiques (Islande, Ecosse, Shetlands, etc ...) ou, tout à l'opposé, Sanguinaria canadensis, originaire comme son nom l'indique de l'Amérique du nord dont j'essaye de garder depuis 25 ans des pieds parmi ma collection de fougères, la voici en image (rare) :

Considérer aussi le Glaucium flavium (la fameuse Argemone), originaire du Mexique ou encore le Pavot somnifère (Papaver somniferum) duquel est extrait l'opium. Je ne peux pas passer sous silence le fabuleux Pavot de Californie (Romneya coulterii) dont je fus un des premiers en 1975 à posséder un pied en France. Et si vous êtes amateurs de jardins fleuris, vous connaissez sûrement les Escholtzias et Puppy's anglais (Coquelicots aux coloris infinis, pastels ou plus fortement colorés).

Romneya coulterii (© JM Lapios, juil. 2009)
J'ai envie aussi de citer ce faux-frère des pavots, Carpenteria californica (Saxifragacées) dont je possède aussi un pied qui a plus de 25 ans !!
Les images précédentes vous montrent qu'apparemment les "papavéracées", ont à peu près toutes la même morphologie : 4 à 6 pétales fortement colorés, des étamines jaunes comme leur pistil !!! Mais si on s'intéresse aux Corydalis, genre indigène en France, tout change. Et d'ailleurs l'ensemble des papavéracées européennes réservent aussi beaucoup d'autres surprises (nous aurons l'occasion d'en reparler ici).
Les Corydalis donc sont de moins en moins présents dans nos villages et nos communes : ils ne trouvent plus les conditions idéales de leur développement. Ces conditions, comme le disent les pépiniéristes qui proposent ces plantes, sont choisies par la plante elle-même, mais pas seulement par elle et il est diffcile de savoir où elles seront le mieux pour s'installer, ce qui déplaît fortement aux jardiniers amateurs.
S'il en est ainsi, c'est que cette plante possède des alliés bien plus compétents que les jardinierslaussi doués soient-ils. Les graines de corydalis, si vous en avez observé, sont accompagnées d'une fibre blanche et sucrée (photo ci-après) dont raffolent les fourmis qui elles-mêmes fréquentent les murs de pierres.

Graines et gousses de Corydalis lutea (© JM Lapios, juil. 2009)
Les fourmis s'emparent de cette friandise (et donc la graine) et s'empressent de les dissimuler dans leurs refuges sur le mur, en différents endroits qu'elles seules connaissent, mais sont toujours les meilleurs pour permettre la germination des semences de Corydalis. Elles constituent ainsi des réserves et du même coup, favorisent la croissance et le développement de ces graines. Il s'agit d'un exemple parfait de coopération entre animal et végétal (pour les initiés, il s'agit d'une synergie permettant la dispersion des populations végétales, après celles dénommées anémochorie ou zoochorie). On se demnade même si ce phénomène ne serait pas aussi subtil et délicat que celui qui concerne l'association de bactéries avec certaines graines d'orchidées septentrionnales : les fourmis, en transportant les graines dans leurs organes buccaux, pourraient grâce à certaines hormones, déclencher tout simplement la germination des Corydalis. Il suffit de comprendre que si les fourmis disparaissent de nos murs, les Corydalis suivront la même tendance (tiens, ça c'est pas un beau sujet de Thèse ?). Liens inter-spécifiques et dépendances qui ne sont pas si rares dans le monde du vivant. Mécanismes biologiques menacés par la diminution de la qualité de la biodiversité ....

Corydalis lutea
Corydalis ochroleuca (plus rare apparemment que C. lutea ?)
Voilà en tout cas des pistes qui expliquent pourquoi il est si difficile d'implanter des corydalis sur nos murs, aussi anciens soient-ils ! Les fourmis restent les seules à décider, pour autant que ces dernières existent sur vos murs. Traitements phytosanitaires contre les fourmis, pour le jardin en général, et Hop ! certaines espèces végétales disparaissent du même coup.
Nous vous rappelons au passage que la défense des vieux murs de nos villes et villages, de leur faune et de leur flore associés, représentent les dossiers parmi les plus anciennement défendus par DIOMEDEA (depuis 1993 !). L'homme construit, l'homme rénove son habitat, mais rarement au bénéfice de la nature et de la biodiversité .....
.::JM Lapios::.
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